Le dernier slogan de Madrid, « là où les chemins se croisent », n’aurait pas pu être plus pertinent au vu de la succession de grands événements qui vont se dérouler début juin dans la capitale. Au cours de ces mêmes semaines, le pape Léon XIV et Bad Bunny partageront la possibilité d’une rencontre entre eux, que certains secteurs de l’Église envisagent déjà non seulement sans méfiance, mais même avec un intérêt pastoral.
Selon des sources ecclésiastiques, « ce ne serait pas antinomique », mais plutôt une occasion de jeter des ponts avec une génération qui vit sa foi — ou son éloignement de celle-ci — sur un ton pop et au rythme d’une playlist.
Deux agendas qui se croisent à Madrid
D’un côté, le pape Léon XIV débarque dans la capitaledu 6 au 9 juin dans le cadre de son voyage apostolique en Espagne, avec un programme marqué par de grands événements rassemblant des foules, des rencontres avec des jeunes et des gestes symboliques dans des lieux culturels de la ville. Son passage à Madrid transformera pendant quelques jours la Castellana, Cibeles et l’Almudena en épicentre religieux et médiatique.
En même temps, Bad Bunny enchaînera 10 concerts au stade Metropolitano dans le cadre de sa tournée DeBÍ TiRAR MáS FOToS World Tour, qui s’installe pratiquement en résidence dans la ville, du 30 mai au 11 juin, avec des dizaines de milliers de jeunes qui se pressent à ses concerts soir après soir. Ce chevauchement de dates a fait surgir la question : et s’ils se voyaient ?
Un signe des temps : la foi à l’ère du reggaeton

Lors de la dernière conférence de presse donnée à l’archevêché de Madrid, José Cobo, le cardinal archevêque de Madrid et vice-président de la Conférence épiscopale espagnole (CEE), a déclaré qu’« il peut y avoir des ponts »,et des théologiens proches de la Conférence épiscopale précisent qu’une rencontre ne serait pas un aval sans réserve au contenu de toutes les paroles de l’artiste, mais bien un geste cohérent avec l’idée d’une Église qui veut « être là où sont les jeunes ». Dans cette logique, le reggaeton et le trap ne sont pas considérés comme des ennemis à abattre, mais comme des territoires culturels complexes où cohabitent des messages conflictuels avec d’autres sur la vulnérabilité, le déracinement ou la quête de sens.
Ce rapprochement ne serait pas une première. La chanteuse Karol G s’est déjà produite aux côtés d’Andrea Bocelli sur la place Saint-Pierre au Vatican, lors de l’événement Grace for the World.
Personne au sein de l’Église ne parle, du moins pour l’instant, d’un geste spectaculaire sur scène ni d’une apparition papale au milieu d’un concert. Le format envisagé serait plutôt discret: une brève rencontre, éventuellement dans un lieu neutre (une résidence, un salon institutionnel, voire une sacristie), au cours de laquelle le pape pourrait s’adresser à Bad Bunny à titre personnel, en parlant de responsabilité, d’influence et de souci de ceux qui l’écoutent.